Chronique Spirit Of Metal

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Les racines germaniques de la France sont indiscutables, elles ont été à l’origine de la monarchie qui a gouverné durant des siècles notre territoire. Après nos ancêtres les gaulois, il y a eu nos ancêtres les francs. « Wergeld », formation angoumoisine de black pagan créée en 2013 sous l’initiative de Greg « Mac Leod », rend hommage à ces derniers. D’ailleurs le nom du groupe fait référence à l’obligation pécuniaire en droit pénal franc, celle qui évitait le droit de vengeance en cas de dommage causé à autrui dans le droit salique. L’initiative est originale, pourrait-on dire. Le projet prend véritablement corps aux alentours des années 2014-2015 avec un line-up soudé, comptant, après quelques changements ; Greg à la lead guitare et aux chœurs, Aymeric Bourgain à la guitare rythmique, Manu Berliet (membre d’ « Artery ») à la basse et au chant, Benoit Hillairet à la batterie et Guillaume Tarrade aux claviers et au chant. Toutefois, l’EP cinq titres intitulé « Warriors from the Black Forest » et sorti en 2015, n’a fait participé que Greg, et de manière secondaire, son frère Guillaume. Greg s’est d’ailleurs investi à la production et au mixage du mini. On s’attend souvent à ce genre d’autoproductions ayant quelque chose d’indigeste ou de hasardeux. S’agissant de « Wergeld », il faut dire que le concept a vite été maîtrisé. Pour peu, on se croirait revivre quelques batailles sanglantes entre les francs et les alamans. Le baptême de « Wergeld » a quelque chose à voir avec le baptême de « Clovis ».

L’introduction de l’œuvre était somme toute assez prévisible. Des sons accompagnés du vent, font ensuite place à de rudes bruits de bataille et de cors. De ce tohu-bohu ressort une forte impression de puissance et de témérité. « Coming from the Black Forest » renvoie à une époque où rien n’était vraiment déterminé et acquis, où tout territoire était tracé à l’épée. De ce bref bon dans le temps, on revient ensuite au vrai corps que constitue ce « Warriors from the Black Forest ». On prend acte d’un black pagan particulièrement rude à travers « Over Fona Rhin ». A la rythmique monobloc, on jurerait un pagan comme on a coutume à en faire de l’autre côté du Rhin, justement. Il en est proche par ses qualités et ses défauts ; à la fois solide, imposant, répétitif, et quelque peu éreinté à la longue. Cette rugosité se marie curieusement assez bien avec la série de battements secs produite par la boîte à rythmes. Le chant de Greg tient également à peu près la route, lui donnant un petit côté Gunther Theys. La persistance des chœurs, soutenu par ce pagan germanisant rapprocherait là « Wergeld » d’un certain « Heidevolk », si on fait impasse du chant principal, bien entendu. Reste un dernier tiers de piste où la musique se veut plus lourde et intimidante.

Les chœurs et les chants, d’un point de vue général, sont l’un des principaux points faibles de la formation. Souvent en manque de profondeur, c’est un véritable handicap quand on découvre le titre « Niebelungenlied », un titre qui se voulait élaboré, touffu, passant à diverses phases, mais le tout parait décousu, déconstruit. On passe tour à tour du pagan au black metal, de la plus cruelle brutalité à la mélodie la plus limpide, en un claquement de doigt. De la plus grande maladresse à la plus grande adresse. Pourtant on se laisse charmer par l’entame grandiloquente et fragile du dit morceau, un peu à la mode des groupes de black atmosphérique des années 90. « Niebelungenlied » figure toutefois parmi les extraits les plus violents et caractériels du mini, celui qui représente le versant black metal de la formation à côté de « 40 Years of War », un extrait plus court, mais plus réussi. Viril, concassé, presque au bord de l’explosion, jouissant d’un jeu ténébreux et d’une rythmique par à-coups frénétique. Une déterminisé et une nervosité qui est loin de la mélancolie de « Freyja ». Cette piste s’inscrit pleinement dans l’aube du pagan, dans les virées viking de « Bathory ». Nous y trouvons la même empathie pour cette maladresse pleine de sincérité, pour ces virées épiques dominées par la force bestiale.

« Wergeld » en est à ses débuts et le reste du chemin est parsemé d’embuches. Clovis, au commencement de son règne, s’est heurté aux pires difficultés, son royaume n’était pas encore tracé. Il s’en est fallu en fait de peu, d’une victoire sur les alamans, pour que le destin du grand roi des francs s’accomplisse. Les grandes destinées sont bâties dans la douleur et dans le doute. La nature, les dieux, ceux qui président au monde, à la vie, à la mort de chacun des êtres sur terre, jouent de nos incertitudes pour bâtir les rois et les mendiants. Quel sera le destin de « Wergeld » ? La question est en suspens ? Beaucoup de choses restent à travailler. Les chants en premier lieu, parfois les compositions, quand on se rappelle celle à la fois ambitieuse et inaboutie de « Niebelungenlied ». Il reste aussi à voir ce que cela donnerait avec une authentique batterie. « Wergeld » semble tâter, « Wergeld » semble explorer, « Wergeld » semble douter. Il est clair que la volonté et la technique sont belle et bien présentes. La qualité sonore est aussi au rendez-vous. Il faut pour autant connaître la matière, en détecter toutes les capacités, pour pouvoir la dompter. Tout cela arrive avec le temps et l’expérience.

Retrouvez la chronique de Spirit Of Metal : http://www.spirit-of-metal.com/album-groupe-Wergeld-nom_album-Warriors_from_the_Black_Forest-l-fr.html

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