Chronique Rock N Balls

Rock n ball

 

Le groupe français Maleficentia a été fondé en 1998 par le guitariste Aragoth qui souhaitait intégrer des synthés dans sa musique (qu’il jouait auparavant dans Mausoleum). Seize ans plus tard et quatre albums réalisés, la volonté de faire du Black Metal Symphonique imprégné de nappes de claviers est toujours présente. Avec Finis Gloriae Mundi, Maleficentia nous replonge avec un certain plaisir dans la seconde vague du black metal underground des années 90.

Cet album est construit sous forme de grande pièce musicale, comme une œuvre de musique classique, comportant plusieurs chapitres qu’on appréciera de préférence dans son ensemble. « Silence and Perdition » en est la brève introduction qui nous mène directement sur le riff purement black de « Among Wilted Hellebores ». Ce morceau est construit non comme une montée en puissance sonore mais davantage comme une montée en puissance imaginaire où les nappes de claviers apparaissent progressivement pour ajouter aux vocaux typiquement black une dimension symphonique et surtout stellaire. La musique de Maleficentia reste largement dominée par les guitares qui sont le squelette et donnent le mouvement. Les nappes de claviers sont l’emballage qui fait la différence. Ce n’est pas toujours au point comme par exemple dans « The Light of the Temple ». J’aime nettement moins quand ils ralentissent pour donner un côté théâtral à la Cradle Of Filth. L’orgue gothique à la fin de ce morceau est sympa mais ce genre de plans doit se limiter aux intro et outros. C’est lorsqu’ils gardent un tempo élevé qu’ils sont le plus pertinents. De tels petits passages à vide (break moins bien sentis dans « Let the Vulture Sings my Empire » ou relâchements de tension dans « My Last Curse ») se présentent ici et là mais ils sont suffisamment courts pour ne pas porter atteinte à l’intensité globale.

Le nom a été lâché. La référence à Cradle Of Filth (surtout les albums des années 90) semble inévitable quand on parle de black sympho. J’en veux pour preuve, l’intro au synthé de « The Colour of Emptiness » me fait penser à « Malice Through the Looking Glass » de la bande à Dani Filth. « Collapsed by Memories » est plein d’ambiance, le genre d’esprit légèrement gothique (le final à l’orgue) qu’on aimerait tant réentendre sur le prochain Cradle. Cela étant dit, je trouve que Maleficentia se rapproche bien plus des 3 premiers albums de Graveworm (When Daylight's Gone (1997), As the Angels Reach the Beauty (1998) et Scourge of Malice (2001)), tant dans la voix black dérivant légèrement vers le death de Daevhorn que dans la musique. « Let the Vulture Sings my Empire » en est un bon exemple.

La force de Finis Gloriae Mundi, c’est que ça ne tombe jamais dans le pompeux ou le grandiloquent grand-guignolesque. Les touches symphoniques se font par nappes en arrière plan. Elles ne sont pas trop nombreuses et ne prennent jamais l’ascendant sur les guitares. Celles-ci sont bien travaillées aussi et ont trouvé un bon équilibre avec le clavier. Molkhor cogne bien sa batterie mais celle-ci est judicieusement fondue dans le mix pour un son très compact qui n’est pas vraiment glacial ni malsain mais qui parvient à imprimer une ambiance onirique. A l’instar du morceau titre, il n’y a pas de vacuité, les gars de Maleficentia emplissent bien l’espace. Comme quoi, il n’y a pas besoin de se casser le cul avec des grands orchestres symphoniques, le rendu d’un bon clavier est parfait pour l’esprit underground et énigmatique.

Le passage d’un morceau à l’autre est généralement imperceptible. Le résultat d’unicité de l’œuvre est ainsi garanti. Finis Gloriae Mundi s’écoutera donc de préférence d’une traite pour se plonger pendant près de 50 minutes dans un univers irréel et sombre. L’inconvénient de présenter ces compos comme une seule et même grande pièce symphonique est qu’on a parfois une impression de redondance. L’auditeur qui parvient à s’en affranchir (et ce n’est pas difficile) passera un bon moment sous forme de voyage dans le temps vers une époque où la surenchère symphonique et la surproduction sonore n’étaient pas encore monnaie courante.

 

Retrouvez la chronique de Rock N Balls : https://www.rocknballs.com/chronique-maleficentia_finis-gloriae-mundi?PHPSESSID=ba28a7581d2eefcd5abd683e44029528

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