Chronique French Metal

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Note : 18/20

Sorti en Juillet 2014, ce n'est que début 2015 que nous recevons un exemplaire de "Finis Gloriae Mundi", quatrième opus des Franciliens de Maleficentia, alors autant ne pas perdre davantage de temps pour vous en parler car cet album est une pépite. Maleficentia, pour les ignares et les gamins écervelés abreuvés de metalcore US sirupeux et de djent progressif stérile et faussement agressif, est l'un des meilleurs représentants du black metal français. Actif depuis 1998, le groupe a su développer un son à la fois ténébreux et rageur, ancré dans la tradition black metal des années 90, et mélodique, aux contours orchestraux, renvoyant à l'époque magique des Emperor, Limbonic Art et autres Hecate Enthroned. Il est fort dommage que ce groupe composé d'excellents musiciens, doté d'un niveau d'écriture impressionnant et d'une discographie exemplaire ne soit pas plus reconnu, la faute peut-etre à de mauvais choix de labels, à une présence scènique rare ou encore sa dévotion à un style exigeant mais old school. Le black sympho a évolué ces derniers temps, développant des aspects épiques, voire BO, gagnant en technicité, s'impregnant d'autres styles plus modernes

Maleficentia, lui, est resté dans une approche très classique. Resté bloqué dans la période 94-98, le groupe ne propose absolument rien de neuf sous le soleil resplendissant de Satan, mais sa force créatrice est toujours vivace. Les compositions de "Finis Gloriae Mundi" sont assez longues et complexes et démontrent un niveau d'écriture magistral et bluffant. De multiples changements de rythme et des superpositions mélodiques nombreuses (les motifs mélodiques, joués à deux guitares et à l'aide des claviers au rendu très convaincant, se complètent plutôt bien) retenant toujours notre intention. Si ces enchevêtrements mélodiques sont complexes, il demeurent parfaitement digestes. Les arrangements symphoniques, classes, n'empiètent jamais sur l'instrumentation metal, tout est fait avec sobriété et intelligence. Les claviers, omniprésents, restent un instrument comme les autres et sont utilisés en appui des parties metal. Pas de surcharges symphoniques imbitables ou d'effets pompeux qui, chez nombre de formations estampillées "metal extrême sympho", constituent le cœur de leur art mais où ne résonnent la plupart du temps qu'une vaste vacuité musicale. Non, pas de ça chez Maleficentia. Le groupe ne perd jamais en puissance ténébreuse et en efficacité métallique, son attachement au black originel est intact.

Aragoth, discret membre fondateur et compositeur principal, crée de véritables tourbillons rythmiques, les riffs sont tous meilleurs les uns que les autres. Lui et son compère Daevhorn sont d'excellents musiciens et mélodistes, les solos et leads de guitares sont d'une haute qualité. Daevhorn alterne les parties de chant black criard et maléfique (mais n'étant jamais ridicule comme c'est souvent le cas) où la haine et le sentiment de révolte jaillissent avec une ferveur démoniaque, avec des growls caverneux, ajoutant de la richesse et du dynamisme aux compositions. Bourré de talent (il est également frontman de Ave Tenebrae, formation BM plus confidentielle mais tout aussi interessante, et membre unique de Mater Tenebrarum, dont l'album "In Remembrance Of The Dark Legacy From The Scarlet Appearance", jamais paru mais dispo sur YouTube, est une pépite de black metal mélodique et baroque), il est également responsable des claviers et des divers apports symphoniques. Les superbes parties de piano rehaussées de cordes sont d'un incommensurable beauté triste et d'une grande sensibilité. Le batteur Molkhor (ancien membre des très bons Garwall, qui se souvient encore de ce groupe aujourd'hui ?) abat un boulot phénoménal, tout en puissance et en rapidité. La basse de Arkorn (Ave Tenebrae également), nouveau venu, sait se faire audible et enrichit les compos déjà bien fournies. La production signée Andrew Guillotin est parfaitement équilibrée et permet au groupe de concrétiser son ambition symphonique.

Il est, aux premières écoutes, difficile de s'orienter dans ce déluge de noirceur symphonique, impression renforcée par le fait qu'il n'y ait pas de pause entre les morceaux, les pistes se suivant et se confondant, avec une certaine fluidité il faut le dire, dans un grand ensemble musical. On a l'impression d'avoir à faire à un seul gros morceau de 49 minutes, imposant et méandreux. Et s'il y a un point noir à évoquer à propos de cet album, c'est sa trop grande homogénéité : chaque moment, chaque passage de l'album est un grand moment d'inventivité musical, les pernicieux trémolos, de facture classique, sont tous excellents et les ornementations orchestrales très inspirées. Mais aucun titre ne se détache du lot, aucune mélodie ne retient plus notre attention qu'une autre. Cette absence d'hymne véritable n'est pourtant pas un défaut chez Maleficentia tant la qualité est au rendez-vous.

En cela, il est plus convenable d'aborder "Finis Gloriae Mundi" comme un gigantesque morceau et de se laisser dériver dans ses sombres couloirs labyrinthiques. Nous sommes en présence d'un vrai chef d'œuvre, la pièce maîtresse de Maleficentia, dont il serait injuste de ne pas lui donner sa chance sous prétexte d'une catégorisation hâtive dans le genre black metal. Nous considérons avant tout ce disque comme un pur moment de musique, sombre, extrême et raffiné que les vrais mélomanes sauraient apprécier.

 

Retrouvez la chronique de French Metal sur leur site : http://www.french-metal.com/chroniques/maleficentia.html#.WM6r4qJFdPZ

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Date de dernière mise à jour : 04/04/2017